L'habitat villageois

Le village de Toulonjac est situé sur une butte et s'organise autour de l'église. Le château est placé à la limite du bourg dans sa partie nord-est. On aperçoit au centre du village une zone circulaire qui pourrait marquer le premier tracé de l'habitat villageois. La rue enveloppant la partie ouest du bourg trace probablement l'emplacement de l'ancien fossé.

Toulonjac appartient au XIIIe siècle, et probablement bien avant, à une branche de la puissante maison de Morlhon qui, avec celle des Gautier, est prépondérante dans la région. Mais le Comte de Rodez possédait des droits sur Toulonjac. Le 11 décembre 1255, Hugues, Comte de Rodez, échange «la quatrième partie de la moitié de Toulonjac et autres possessions avec Ozile le Vert». Les Morlhon partageaient, à cette époque au moins, avec la famille de Maurs, la seigneurie de Toulonjac. En effet, noble Gaillard de Maurs figure comme coseigneur de Morlhon et Toulonjac à la fin du XIIIe siècle. D'après J. Bousquet, en 1282, l'évêque de Rodez reçoit Toulonjac par échange avec l'abbé de Moissac. Le 10 mars 1310, il y eut confirmation de l'adjudication à Bernard Saumade, docteur es lois, de plusieurs maisons à Toulonjac et de cens divers. Puis, en 1318, confirmation de la vente par Baudouin de Mortagne à la communauté de Toulonjac des redevances en grains et en argent dues par cette communauté .

Toulonjac comptait 70 feux en 1349, nombre assez important par rapport aux autres villages.

Il semblerait que l'église se soit installée la première (dès le XIIIe siècle, peut-être avant ?), le château venant plus tard (au XIVe siècle, d'après les documents). Le village de Toulonjac peut se classer dans la catégorie des «bourgs ecclésiaux», d'après la configuration du plan cadastral.

Charles de Pomairols (1843-1916)

Poète et romancier français. Il contribua à la fondation en 1908 de La Veillée d'Auvergne. Il passa son enfance au château de Toulonjac.

Descendant des Pomairols, famille de consuls villefranchois, grand ami de Hérédia, perdant malheureux face à Bergson à l'Académie française en 1914, grand spécialiste de Lamartine, il tenait salon à Paris où il recevait les écrivains catholiques tels que Mauriac.

Les fortifications autour du village

A moyen-âge, des fortifications protégeaient le village de Toulonjac. Elles ont été construites essentiellement pour se protéger des routiers. Les compagnies de mercenaires recrutées du XIIème siècle au XIVème siècle, privées d'employeurs pendant les périodes de paix, se regroupaient en bandes appelées grandes compagnies, et vivaient au détriment des populations. Ces mercenaires étaient alors désignés comme « routiers » car appartenant à une « route » (« troupe » en français de l'époque).

Tracé des fortifications attestées en 1385

Toulonjac, village médiéval ?

Oui bien sûr ! Comme la plupart des villages de notre bon vieux pays ! Et nous avons encore les vestiges de fortifications très élaborées. Bien sûr, on ne va pas rivaliser avec Carcassonne.

Que sait-on ? Leur construction est étalée sur 200 ans environ.. N'oubliez que la région a subi la guerre de 100 ans.

Thomas de Wettenhall, chevalier du Cheshire, nommé par le prince d'Aquitaine Edouard dit le Prince Noir, était Sénéchal du Rouergue, à Villefranche, dès le 4 décembre 1364. Il fut tué et ses troupes complètement défaites à Montlaur par les troupes françaises dirigées par Bouchard VII, comte de Vendôme et de Castres, sur la fin de septembre 1369.

Après la guerre de 100 ans, donc après 1453, de nombreux mercenaires sans foi ni loi, ont pillé et rançonné la région. D'où la nécessité de remparts. Aujourd’hui, vous pouvez voir les vestiges de ces fortifications, dans la ruelle située sous la placette nommée le Sol. Derrière la maison paroissiale, le tracé des murs est très visible, ainsi que la base d'une tour (en rouge sur le plan).

Un dolmen à Toulonjac ?

M. Pierre Bouscayrol, membre éminent de la très sérieuse Société archéologique de Villefranche, a conduit de nombreux travaux de recherche dans le vieux village de Toulonjac. Quelques années auparavant, il a ainsi découvert le tracé précis des fortifications qui protégeaient Toulonjac. Plus récemment, il a décelé les courants souterrains d'eau qui coulent sous l'église et se jettent dans le puits situé au centre exact du porche.

Et début septembre, M. Bouscayrol a décelé l'existence d'un dolmen qui se situe devant le porche de notre église. Bien évidemment, ce vestige des temps préhistoriques est recouvert de plusieurs mètres de terre. Et qui sait ? Des travaux archéologiques subventionnés par le Conseil départemental, permettrait de mettre en valeur ce patrimoine très ancien...

La Société archéologique de Villefranche vous intéresse ? Son siège est 29 rue du Sénéchal à Villefranche.

A lire dans les archives du Musée Urbain Cabrol..

Tolonjac : Le prieuré est affermé deux mille sept cent livres ou environ. Il produit deux cent setiers froment et trente setiers mixture, trente barriques de vin et deux cents cinquante livres carnelage. On peut évaluer le tout à trois cents septiers froment, en y comprenant aussi les rentes.

En 1771, à Tolonjac, en comptant les vieillards et les enfans, on compte environ six cens trente habitans pendant l’été et cinq cens trente pendant toute l’année, attendu que plusieurs familles de Villefranche y passent l’été. Et dans le village qui est le siège de l’église paroissiale, on compte quatre vingt et onze habitans.

Les pauvres : La moytié des habitans.

Il y a plus de cinquante invalides qui n’ont d’autre secours que les aumônes qu’on leur fait. Et il y en a plus de cens qui ont beseoin d’être soulagé en partie. A Tolonjac, il y a plus de cinquante vieillards et enfants qyui sont des mendiants.

Les produits de la terre :

A Tolonjac, on récolte du froment, du seigle, de l’orge, de l’avoine, du millet, des fèves, des haricots, des pois quarré et autres tardivaux. A Tolonjac, on trouve cinquante paire de bœufs de labour. La récole d’une année ne suffit pas à nourrir tous les habitans de Tolonjac, car les chapelles des différents monastères et les grands domaines absorbent presque tout.

Nota : le vocabulaire et l'orthographe d'époque ont été conservés.

L'Histoire, indissociable de la religion

Avant la Révolution de 1789, plusieurs ordres monastiques étaient présents dans et autour de la bastide de Villefranche

les Chartreux : Ordre fondé par Saint Bruno en 1084, ils s'installent à Villefranche en 1450 à la Chartreuse Saint Sauveur récemment construite pour eux par Catherine Garnière, épouse de Vézian Valette. Les Chartreux étaient propriétaires d'un vaste domaine agricole qui s'étendait de Marmiesse jusqu'aux Cavaliès et descendait jusqu'à Mantelle.

Les Cordeliers : Ordre fondé par Saint François d'Assise (13ème siècle). Ils étaient présents dès 1232 avant même la construction de la bastide. Ils ont construit leur couvent à l'emplacement actuel de la Sainte Famille.

La confrérie Saint Jacques : Dès sa fondation, Villefranche devient une étape sur les chemins de Saint Jacques de Compostelle. Avant 1339, on trouvait déjà établi un « hospital dit de Saint Jacques » pour les pèlerins. La chapelle est construite en 1455.

Les Templiers : Ordre à la fois religieux et militaire, créé en 1119 pour protéger les pèlerins en Terre Sainte, et dissout en 1312 par le Pape Clément V à l'initiative du roi de France Philippe le Bel. Ils sont venus s'établir vers 1188 au pied de Macarou (actuel quai du Temple).

Les Augustins : Ils suivent la règle établie par Saint Augustin au IVe et Ve siècle. Ils se sont établis à Villefranche en 1488 Leur église existe encore au quartier Saint Jean.

les Capucins : Ordre franciscain fondé en Italie en 1525. Installés à Villefranche en 1608 (à l'actuel l'emplacement de la gare SNCF).

les Ursulines : Ordre fondé par Sainte Ursule qui suit la règle de Saint Augustin. Elles se consacraient à l'éducation des jeunes filles. A Villefranche, elles se sont installées en 1612 (à l'emplacement actuel de la poste) et ont inauguré leur nouvelle église en 1693.

Les Pénitents Noirs : De la confrérie des Pénitents-Noirs de la Sainte Croix fondée en 1609.

les Visitandines : Ordre fondé en 1610 par Saint François de Salles. Installées à Villefranche en 1642 rue du Chapitre, puis au fond de l'actuelle place Bernard Lhez. Elles visitent les pauvres, les malades, et se chargent de l'éducation des jeunes filles.

les Clarisses : Ordre fondé par Sainte Claire au Xllle siècle avec la règle de Saint François d'Assise. Le couvent de Sainte Claire a été fondé à la Boudoumie en 1676.

les Pères Doctrinaires : Appelés aussi Pères de la Doctrine Chrétienne : ils pratiquaient l'enseignement secondaire, ont fondé leur collège en 1622 (à l'emplacement de l'actuel collège Francis Carco), puis l'église appelée aujourd'hui Saint Joseph.

la Sainte-Famille : Fondé par Emilie de Rodat en 1816 pour l'éducation chrétienne des pauvres. Elle achète en 1819 l'ancien couvent des Cordeliers, qui devient la Maison Mère de la Sainte-Famille. L'école qu'elle y ouvre enseigne encore aujourd'hui. Des filiales se sont développées dans le monde entier.

les Carmélites : Ordre créé en 1205 (son nom vient du Mont Carmel) développé par Saint Louis, puis reformé par Sainte Thérèse d'Avila en 1562. A l'initiative de Sainte Emilie, leur couvent est établi depuis le XIXe siècle à Villefranche, actuellement en face de la halle, allées Aristide Briand.

Les Sœurs de Nevers : Congrégation fondée par le Père Jean Baptiste Delaveyle en 1680. Appelées par les consuls en 1741 pour s'occuper de l'Hôpital Saint Loup, ces religieuses ouvrent une école d'enseignement gratuit pour jeunes filles en 1838 (sans doute financée par la famille Cibiel). Cette école se trouvait à la place de l'ancien commissariat, derrière lequel se trouve encore la chapelle de Nevers.

Les Sœurs du Saint Cœur de Marie : Congrégation fondée en 1844 par Mère Marie du Bon Pasteur. Ces religieuses sont établies rue Lapeyrade depuis 1874 (face à la gare).

Les Pénitents Bleus : De la confrérie des Pénitents-Bleus de Saint Jérôme, fondée en 1609, 32 jours avant celle des Pénitents Noirs. Les confréries de Pénitents sont constituées uniquement de laïcs.

Tous ces Ordres ont été expulsés en 1792.

Las bôrias al sègle XVIII

« Aux portes de Villefranche, les grands domaines occupaient les deux tiers des terres à la Madeleine, plus de la moitié à Orlhonac, Toulonjac, Marin et Sainte-Croix, un bon tiers à Savignac et Villeneuve, le gros de la paroisse à Claunhac, une proportion moindre en Ségala. Exploités sous le régime du métayage (moitié pour le laboureur, moitié pour le propriétaire), ces domaines constituaient une espèce de cancer dans nos campagnes : la moitié de leur récolte s’en allait ailleurs. La plupart des métairies appartenaient aux “messieurs de Villefranche”. Les biens ecclésiastiques paraissent avoir été relativement peu nombreux, bien loin en tout cas d’occuper le cinquième du sol, ce qui aurait été la moyenne en France. J’en ai dénombré une douzaine dans le Villefranchois : à la Madeleine, à Veuzac, Toulonjac, Orlhonac, Claunhac, Elbes, Cabanes, Saint-Salvadou et Sanvensa. Les seuls qui aient fait vraiment problème sont ceux de Margues, que les Hospitaliers de Saint-Jean de Jérusalem possédaient dans la paroisse de Marin : quatre domaines contigus contenant ensemble un millier d’hectares, ne payant ni taille ni dîme. Selon le curé, “à eux seuls, ils auraient suffi à nourrir toute la paroisse”. (...)

En 1760, les chevaliers de Malte en retiraient un fermage de 500 livres, 25 fois la “portion congrue” d’un curé à l’époque, le salaire annuel de 80 “brassiers”. Et le fermier qui sous-louait à des métayers n’y perdait certainement pas son temps. Les quatre métayers et leurs vingt-cinq domestiques en retiraient autant. » (Extr. de “Situation économique et sociale du Villefranchois avant 1789”, d’après René Déléris, dans Ville- franche et le Bas-Rouergue, BSAVBR, 1979)

Le dépiquage à Tolonjac

« N’i aviâ un a costat de la caminada e un autre davant la porta de la glèisa. A la caminada, los vesins qu’aviân de terras l’ifasiân la garbièira e anavan escodre aquî. » (S. I.)

« Èra aquî que plonjavan, que fasiân de plonjons e que la machina veniâ escodre. I aviâ lo quilhièr atanben. N’i aviâ un a Marmièssa, un autre a La Mateviâ. Mès i se gardava pas. » (C. A.)

Las processions

« Les processions étaient particulièrement nombreuses et celles du Vendredi-Saint ne sont pas oubliées, se déroulant tout au long du chemin du fort, à Aubin et jusqu’au calvaire, comme à Villefranche-de-Rouergue où les paroissiens de la ville et calvaire (Pech d’Aigremont) gravissaient en chantant des litanies, en récitant des dizaines de chapelets, le promontoire dit du calvaire, station par station. Parvenus au sommet, que domine une grande croix, ils assistaient à la bénédiction et goûtaient, pique-niquaient alentour de la chapelle. Le lundi de Pentecôte, les habitants de Toulonjac se rendaient en procession à la Chapelle des Treize Pierres, pour accomplir un vœu et implorer des bénédictions pour “les biens de la terre”. » (Extr. de Coutumes et traditions du Rouergue)

La récolte à Tolonjac

Elle serait plus que suffisante si elle restoit dans la paroisse. La dîme, une infinité de chapelles, beaucoup de rentes et les grands domaines absorbent tout.

photo : Dépiquage à Toulonjac, vers 1930

Les lavoirs

Fontaine et lavoir à la Mathébie : Seul point d’eau potable pendant très longtemps, la fontaine est couverte afin de la protéger des nuisances. Elle était aussi un lieu d’échange social et comporte comme la plupart des lavoirs, des bacs de lavage et de rinçage en béton. Les lavoirs permettaient d’abreuver le bétail. Ils étaient aussi des points de rencontre où les lavandières échangeaient entre elles rires et quolibets et donnaient de la voix pour se raconter les dernières nouvelles du village.

Fontaine et lavoir, impasse des Lavandières, à Marmiesse

Fontaine et lavoir à La Mathébie (voir carte rando N°5)

Four à pain, 105, route des Chartreux

Meutrières sur maison, 169, route du Cros

Pigeonnier, 59 route des Bouyas

Pigeonnier, 114 imp de Milhac

Caselle, vers 1137, route du Rouergue

Lavoir à Toulonjac, avant 1970, 65, rue du prat de la fon

Caselles à Vialatte, entre La Rivière et Saint-Rémy